Édition n°2 — jeudi 23 octobre 2025

🪖 Des (bonnes) nouvelles du front

Dans cette édition, on apprend avec surprise que les codeurs n'ont pas encore pris la porte et que les entreprises se calment un peu sur l'IA... On conseillera quand même aux plus sensibles de sauter la première news pour garder ce bel optimisme. Bonne semaine!

Par Matthieu Balu et Grégory Rozières · 5 min de lecture

Les Immanquiables

  • Des virus biologiques créés par IA
    🦠 Des chercheurs de l’université de Stanford ont entraîné des LLM (Evo1 et Evo2, spécialisés dans la génomique) à créer des virus. Plus précisément, des virus mangeurs de bactéries, des phages. Et devinez quoi? Nos robots ont inventé les génomes de seize virus fonctionnels, dont certains à la structure totalement inédite.
    “ Franchement, je ne vois vraiment pas pourquoi vous vous inquiétez” – Greg (qui ferme à clé son bunker)

  • DC comics n’utilisera “jamais” l’IA gĂ©nĂ©rative pour ses dessins
    🦹 Jim Lee, le patron de la célèbre maison d’édition américaine, a été d’une rafraîchissante clarté sur l’usage des IA génératives pour mettre en scène Superman et ses cousins super-héros. “ L’IA ne rêve pas. L’IA ne ressent pas. L’IA ne crée pas de l’art. Elle l’agrège. ”
    ** “** On espère que Jim ne va pas trop au cinéma voir la concurrence : Marvel a déjà les deux mains depuis longtemps dans le pot à confiture** ”** __– SuperMat

  • Quand Deloitte utilise l’IA pour produire ses rapports Ă  six chiffres
    🤦 Le célèbre cabinet d’audit a commis une sacrée boulette en rendant au gouvernement australien un rapport truffé de fausses références et d’hallucinations. Une correction a été envoyée en catastrophe, avec la mention de l’utilisation d’OpenAI, mais rien n’y a fait, c’est toujours la cata : le rapport sur l’assurance-chômage à 400.000 dollars vient d’être mis à la poubelle.
    “ Qu’un cabinet de conseil fasse la même erreur qu’un lycéen en ne relisant pas ce que pond l’IA avant de rendre sa copie devrait m’étonner. Mais non** ”** – Mat, qui a encore ses antisèches

Bullshitomètre

🙏 Comme les promesses, les prévisions n’engagent que ceux qui les croient, et celle-là sent fort le réchauffé. Le patron de Nvidia, Jensen Huang, a récemment expliqué que l’IA permettrait “probablement” d’arriver à la semaine de 4 jours. Bill Gates parie même sur 3 jours!

⛔ Cassons d’ores et déjà le rêve: il ne se passera rien de tel, en tout cas pas “grâce à l’IA”. Depuis le XIXe et la révolution industrielle, les espoirs du genre ont toujours été douchés. L’économiste Paul Lafargue, en 1883, expliquait ainsi que l’arrivée des machines permettrait de ne travailler que “trois heures par jour”. Mieux : en 1956, c’est Richard Nixon (oui, le président de droite) qui estimait que la semaine de 4 jours était au tournant grâce au progrès technique.

🤷 Certes, certaines études anticipent un processus massif de destruction d’emplois engendré par l’IA (comme ici dans Nature), et les politiques publiques devront suivre pour éviter la récession. Mais jamais les révolutions technologiques, de la machine à vapeur à internet, n’ont à elles seules réduit la semaine de travail, tous les penseurs techno-critiques à la Jacques Ellul vous le diront. Les acquis sociaux, c’est un truc d’humains.

La grosse histoire

Il y a deux questions qui m’empêchent régulièrement de dormir: l’IA va-t-elle voler mon travail, et comment est-ce possible de créer quelque chose d’aussi naze que la saison 8 de Game of Thrones? Heureusement, l’actualité va m’aider à mieux dormir en apportant un début de réponse à l’une de ces questions (on ne va pas parler de dragons, désolé).

En mars, le papa de Claude, Dario Amodei, faisait une prédiction facile à vérifier: l’intelligence artificielle “écrira 90% du code informatique” dans les six mois à venir. C’est intéressant, car les nerds pourraient bien être le canari dans la mine sur la grande question du remplacement de nos emplois par des machines. Les modèles de langage sont particulièrement bons pour générer du code informatique, langage le plus logique au monde, où le passé antérieur n’existe pas [note du correcteur qui apprend le Python : non] .

Alors, le Nostradamus de l’IA a-t-il vu juste? Questionné par Axios en septembre (six mois après sa prédiction, suivez un peu), il confirme que chez Anthropic, c’est désormais l’IA Claude qui écrit 95% du code… de Claude. La créature code son propre futur. Mais cela ne veut pas dire que 90% des développeurs ont été virés, s’empresse de préciser le patron. “Ce qui se passe vraiment, c’est que les humains deviennent des gestionnaires de systèmes d’IA”.

Ailleurs, le chiffre est un peu moins élevé, mais la tendance est la même. Déjà l’année dernière , 50% du code de Google était suggéré par une IA. Le site d’entraide informatique stackoverflow a publié un récent sondage avec près de 50.000 participants: 80% des développeurs interrogés utilisent l’IA, les trois quarts pour écrire du code.

Alors bientôt au chômage, les développeurs? Au vu de la multitude de rapports qui montrent que le nombre d’offres d’emploi dans ce secteur est en chute libre pour les juniors (même si les causes sont multiples), les jeunes diplômés ont en tout cas de quoi être inquiets.

Vite fait, mal fait

La réalité, c’est pourtant que l’IA ne va pas remplacer les développeurs tout de suite. D’ailleurs, Amodei ne fait aucune prédiction sur cette partie. Il dit juste qu’à un moment, les modèles seront assez efficaces pour ne pas avoir besoin d’humain.

Pour l’instant, les développeurs doivent aiguiller l’IA, relire ce qu’elle produit, la corriger. Et le pire c’est que… ça pourrait bien faire perdre du temps. C’est la conclusion d’une petite étude du METR (un centre d’étude sur l’IA) très bien fichue publiée en juillet. Les chercheurs ont analysé le travail d’une quinzaine de développeurs expérimentés sur 250 tâches. La moitié était réalisée avec l’IA, l’autre non.

Tous les observateurs pensaient que le groupe boosté à l’IA allait gagner haut la main. Les développeurs eux-mêmes étaient persuadés d’avoir gagné du temps après coup. Et pourtant, ceux qui ont travaillé avec l’IA ont été 20% plus longs que ceux qui ont bossé “à l’ancienne”.

La raison ? Le temps passé à prompter l’IA et à corriger ses hallucinations efface le temps gagné. Plus le projet est complexe, plus l’IA rame. Un peu comme ce document rédigé par votre stagiaire sur lequel vous vous dites “j’aurais été plus vite à le faire moi-même”.

Et ce résultat, s’il reste très expérimental, fait furieusement écho à notre signal faible de la semaine dernière : le workslop, ce contenu généré par IA qui donne l’impression d’être productif, mais fait perdre du temps à tout le monde. Je peux enfin dormir tranquille (tant que je ne pense pas à Game of Thrones).

Vous ne comprenez rien aux dizaines de benchmarks et autres classements des IA génératives ? C’est normal, et on vous expliquera un jour pourquoi. En attendant, pour se rendre compte de l’évolution de l’IA dans la génération de vidéo, vous pouvez vous fier au “ Will Smith Spaghetti test ”, le benchmark le plus simple de l’univers. Et bon appétit bien sûr.

Signal faible

Votre PDG a enfin compris un truc à l’IA

Le contexte ➡️ Si vous travaillez de près ou de loin avec un ordinateur, votre patron vous a sûrement déjà dit qu’il fallait absolument utiliser une IA générative pour automatiser telle tâche ou remplacer tel processus. Parce que bien entendu , ils ne risquent pas de s’en mordre les doigts.__

Le signal ➡️ La société de gestion d’actif Apollo a repéré une tendance intéressante dans le sondage bihebdomadaire réalisé par le Bureau du recensement américain (1,2 million d’entreprises, ça commence à être assez représentatif). Le graphique parle de lui-même :

L’analyse ➡️ Les grandes entreprises ont donc appuyé sur la pédale de frein depuis le mois de juin. Vous vous rappelez ce rapport du MIT , sorti en juillet, qui affirmait que 95% des projets utilisant l’intelligence artificielle ne rapportaient pas un kopeck ? Les grands patrons ont-ils enfin fait les comptes ?

La dystopie ➡️ Les boîtes arrêtent de déployer à l’aveugle des chatbots hallucinés et prennent enfin le temps de réfléchir à comment utiliser l’IA sans se tirer une balle dans le pied.

Vu ailleurs

  • Derrière la prise de participation colossale de l’Arabie Saoudite dans le studio de jeux vidĂ©o EA, il y a aussi l’IA, mais pas pour les raisons que vous croyez. Une enquĂŞte fascinante du Financial Times

  • Une part gigantesque de la connaissance humaine est laissĂ©e de cĂ´tĂ© dans les jeux de donnĂ©es des IA, et c’est avan tout une question de linguistique, nous apprend aeon.com

  • La Chine, les États-Unis et la Silicon Valley dans une danse de Saint-Guy qui brĂ»le des milliards, expliquĂ© simplement par les dĂ©veloppeurs de la sociĂ©tĂ© Sibylline Software

Ă€ la prochaine!

Grégory & Matthieu

[🧠 Contenu rédactionnel garanti 0% IA, 100% neurones humains ]

C'était Hallu World n°2

Portrait de Matthieu Balu

Matthieu Balu

Journaliste indépendant. Il a dirigé le pôle Nouveaux formats et Futurs au HuffPost, après les services vidéo et sciences.

Portrait de Grégory Rozières

Grégory Rozières

Il pilote des projets d'innovation éditoriale dans plusieurs médias, après Heidi.news et le HuffPost où il dirigeait Innovation, Sciences et Nouveaux formats. Il forme journalistes et organisations à l'IA.

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