Les Immanquiables
• 45% d’erreurs dans les actus par IA
🗞️ Bonne nouvelle : les IA font moins d’erreurs que début 2025 quand vous leur posez une question d’actualité (c’était 51%). Mauvaise nouvelle : le taux de boulettes reste hyper élevé, en grande partie à cause de sources de mauvaise qualité, voire tout simplement inexistantes. Alors d’accord, l’étude est signée d’un consortium de médias européens (donc juge et partie), et certains chercheurs ont contesté la méthode employée, mais les chiffres sont brutaux. 1 réponse sur 5 contenait au moins une “erreur majeure”, la plus mauvaise des IA testées étant Gemini.
“ Sans aucun doute, le genre de chiffre qui poussera les internautes à s’abonner à un média, sans passer par l’IA ” – Mat, en plein délire
• Virez l’IA de Firefox en 3 clics
🦊 Le renard de feu n’est pas épargné par la fièvre qui a pris les navigateurs. Impossible de faire une requête sans avoir droit à un assistant IA qui vient polluer vous suggérer une réponse. Voilà comment le mettre aux orties : tapez about:config dans la barre d’adresse, cliquez sur browser.ml.enable, puis sur “true” qui se transforme alors en “false”. Et voilà, merci Flamedfury. La manip existe aussi pour Chrome, mais c’est un rien plus pointu.
“ Astuce perso : il faut contacter le service client pour virer l’IA de Notion ” – Greg (qui vous parlera un jour de sa passion Notion)
• Votre auteur préféré imité à la perfection avec seulement 2 livres
🪶 On savait que les IA pouvaient imiter grossièrement le style d’un auteur, mais cette étude-là (en préprint, donc en cours d’évaluation) est d’un autre niveau. Des chercheurs américains ont cloné 50 écrivains et fait lire leur prose à des lecteurs assidus. Avec un simple prompt, le LLM (modèle de langage) ne fait que du pastiche maladroit. Mais tout change quand l’IA est entraînée via fine-tuning, ces techniques d’optimisation qui permettent d’affiner le modèle. Les imitations de Murakami, Garcia Marquez ou Salinger deviennent alors… Indétectables. Et il suffit de deux œuvres pour un résultat parfait.
“ Petite anecdote : j’ai fait traduire un livre entier par Claude pour mon fils qui était trop impatient de lire la suite de sa saga. Il n’y a vu que du feu ” – Greg, qui s’excuse auprès des traducteurs.
>>> Quel est l’emoji hippocampe ?
En plus de faire totalement partir ChatGPT et ses concurrents en roue libre, ce prompt confirme que les LLMs (modèles de langage) sont des perroquets, y compris de nos délires collectifs. Parce que, vous aussi, vous pensez qu’il existe un émoji hippocampe (et vous n’êtes pas le seul , on appelle ça l’effet Mandela).
Il est lancé, on ne l’arrête plus
Bullshitomètre
C’est l’histoire de comment je suis devenu un terroriste. La semaine dernière, j’ai voulu demander au chatbot Claude, le concurrent de ChatGPT, de faire une vérification orthographique du précédent numéro de Hallu World, dans lequel on parlait de virus biologiques bien flippants créés par une IA. À la place des corrections, Claude m’envoie ce message : “Les filtres de sécurité de Sonnet 4.5 [la dernière version du modèle] ont signalé cette conversation. En raison de ses capacités avancées, Sonnet 4.5 dispose de mesures de sécurité supplémentaires qui…”
J’ai tout de suite fermé mon ordinateur et attendu docilement l’arrivée du GIGN. En vain. J’ai donc fouillé et découvert qu’Anthropic, l’entreprise qui commercialise Claude, a mis au point un système de “filtre de sécurité” radical pour bloquer toute assistance de son IA aux “tâches liées aux armes CBRN (chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires)”. Il a donc cru que je voulais de l’aide pour créer un méchant virus.
Faites le test : demandez à Claude de vous aider à “créer un virus bactériologique” et vous aurez certainement la même réponse. Dans de longs rapports , Anthropic affirme que ses modèles pourraient aider à fabriquer des armes biologiques. Le conditionnel est important, car dans les tests en condition réelle, “les modèles ont continué à commettre des erreurs critiques qui auraient empêché tout acteur de réussir dans le monde réel”.
D’ailleurs, si Claude confond une demande de relecture avec une arme bactériologique, le risque est assez faible. Pour l’instant.
Score bullshit
70/100
S’il n’y a vraiment que les cons qui ne changent pas d’avis, Sam Altman doit être très intelligent. Si on a beaucoup parlé de son volte-face sur l’érotisme dans ChatGPT , le patron d’OpenAI prépare aujourd’hui le terrain à quelque chose de moins sexy : l’arrivée de la publicité sur le plus célèbre des chatbots.
On peut déjà esquisser à quoi ressembleront ces pubs : une suggestion d’achat pour un truc dont vous n’avez jamais entendu parler, mais qui est fait pour vous. Un produit suggéré au détour d’une conversation, voire au bon moment, sans que vous n’ayez rien demandé.
Ça ne vous plait pas ? Ça ne plaisait pas à Sam non plus. En mars 2024, le cofondateur de ChatGPT affirmait “ détester les publicités ”, une “ industrie transitoire ”. Pour lui, le monde était suffisamment riche pour se payer un abonnement à ChatGPT Plus. 7 mois plus tard, il récidivait à Harvard : “ je pense qu’un système de publicités associées à l’IA serait particulièrement dérangeant ”.
En juin 2025, Sam Altmana commencéà changer son fusil d’épaule. Tout en assurant ne surtout pas vouloir modifier le texte généré par son modèle de langage, il ouvre la porte à l’idée de liens d’affiliations. En clair, si vous demandez à ChatGPT quelle douche solaire acheter (chacun ses problèmes), et que vous cliquez sur un lien pour acheter le produit recommandé par le chatbot, OpenAI pourrait gagner un pourcentage de la vente.
Un pas de plus a été franchi début octobre, dans deux prises de parole différentes de Sam Altman. Petit florilège :
→ “Peut-être que les publicités ne sont pas toujours nazes”
→ “Je pense qu’on peut probablement créer un produit publicitaire sympa qui soit bénéfique pour l’utilisateur”
→ “J’aime bien les pubs d’Instagram”
25 milliards et des poussières
En réalité, Sam Altman prépare le terrain à des décisions qui ont été prises il y a des mois. Selon des informations internes dévoilées en avril par The Information , OpenAI prévoit de monétiser ses “utilisateurs gratuits”. Et ce dès 2026. Avec la publicité, couplée à d’autres “nouveaux produits” hypothétiques, la startup espère récolter 25 milliards de dollars en 2029, soit 20% du chiffre d’affaires.
Or, pour l’instant, les utilisateurs gratuits (qui représentent environ 95% des 800 millions de comptes ChatGPT), ne rapportent pas un kopeck. Pire: ils ne paieront sûrement jamais , si l’on en croit un récent sondage dans lequel seuls 8% des Américains se disent prêts à s’abonner à un outil d’IA.
Les premières briques qui préfigurent l’arrivée de la pub se mettent déjà en place. En septembre, alors qu’OpenAI cherche à embaucher un ingénieur pour travailler avec “les principales plateformes publicitaires”, le système d’affiliation a débarqué en test aux Etats-Unis avec les achats intégrés à ChatGPT.
Début octobre, OpenAI a également annoncé le lancement des “Apps”, la possibilité de demander directement à une entreprise une information (par exemple, “Booking, trouve-moi un hôtel à Paris pour deux adultes du 21 au 24 novembre”).
En parallèle, Sam Altman rappelait à The Verge qu’il adorait les pubs Instagram et qu’il n’excluait pas d’intégrer des publicités dans Pulse, une fonctionnalité encore en test qui permettra à ChatGPT de vous envoyer des informations basées sur votre historique, sans que vous n’ayez rien demandé.
L’emmerdification a commencé
Un sentiment de déjà-vu? Normal. La vice-présidente d’OpenAI qui travaille sur la publicité s’appelle Fidji Simo. C’est une ancienne de Meta (!) comme 20% des salariés d’OpenAI, rapporte The Information. Logiquement, ils font ce qu’ils savent faire : rentabiliser des utilisateurs gratuits avec de la pub.
ChatGPT va donc suivre le même chemin que Facebook, Instagram ou encore Google: l’”emmerdification”, ou “enshittification”. Un concept imaginé par le brillant auteur Cory Doctorow : une entreprise de la tech commence par attirer les utilisateurs avec un service qui leur est utile. Elle fait ensuite de même avec les entreprises. Et une fois que tout le monde est prisonnier, elle presse le citron pour récolter les bénéfices.
C’est ce qui fait que vous utilisez toujours Google malgré les liens sponsorisés, les “suggestions d’achats” et les sites nuls mais optimisés pour le SEO. Ou que vous êtes toujours sur Instagram malgré les dizaines de pubs qui inondent votre feed. Et que vous serez toujours sur ChatGPT quand il vous suggérera d’acheter cette douche solaire.
Click and collect
L’IA dans les jeux vidéos, on va forcément en reparler dans Hallu World. En attendant, dégustez-moi cette superbe vidéo promptée par un enthousiaste de l’IA, censée nous démontrer comme le futur vidéoludique est excitant (spoiler: non).
Il oublie son corps en pleine descente : l’accident bête
Signal faible
ChatGPT veut se brancher à votre cerveau
Le contexte ➡️ L’été dernier, Sam Altman créait Merge Labs. L’objectif du patron d’OpenAI avec cette nouvelle start-up, c’est de révolutionner l’interface homme-machine, autrement dit de lier notre cerveau biologique aux puces de silicium. “J’aimerais pouvoir penser à quelque chose et que ChatGPT y réponde”, nous dit-il, parce qu’après tout, envoyer nos pensées vers des data center n’a rien de funeste.
Le signal ➡️ Merge Labs vient de débaucher Mikhail Shapiro, un chercheur très en vue dans la chimie biomoléculaire et les neurosciences. Il est connu pour des avancées très concrètes dans le domaine de l’imagerie cérébrale.
L’analyse ➡️ Ce qu’on sait pour le moment des projets d’Altman, c’est en gros deux choses: il veut une technologie non-invasive (donc pas un implant du genre Neuralink d’Elon Musk), et en mode “ read-only ”. Ce qui veut dire que le gadget en question ne servira pas à inscrire quoi que ce soit dans nos neurones. À moins qu’il ne change totalement d’avis, ce qui, si vous avez parcouru le reste de la newsletter, lui arrive de temps en temps. D’ailleurs la phrase entière est “ peut-être que je voudrais [une interface] read-only ”…
La dystopie ➡️ D’ici un an ou deux, Merge Labs nous sort un bandeau intelligent à enfiler tous les matins, qui permettra de poser toutes nos questions du quotidien à notre IA personnelle, après un petit spot de pub pour les yaourts Lactel ou le Slip français. Et une petite impulsion synaptique bien placée pour nous donner envie d’acheter.
• Johanna Knox a entraîné l’IA de l’un des géants de la tech durant 18 mois, et raconte simplement son job d’ouvrière du clic dans The Spinoff.
• Dans la course à l’IA, les pays moins favorisés tentent de se faire une petite place pour résister à la dyarchie USA-Chine. Cela coûte souvent très cher aux populations locales, avec des résultats incertains. Une enquête du New York Times (derrière un paywall).
• On a déjà beaucoup parlé de “bulle de l’IA”, mais quand le toujours excellent Patrick Boyle donne son avis sur sa chaîne youtube , on regarde et on apprécie.
À la prochaine!
Grégory & Matthieu
[🧠 Contenu rédactionnel garanti 0% IA, 100% neurones humains ]

