Édition n°24 — jeudi 14 mai 2026

😹 Si mĂȘme Trump a peur, il faut peut-ĂȘtre s'inquiĂ©ter

Mythos va trop vite, nos cerveaux calent devant l'IA et Washington fait marche arriÚre : bonne route sur Hallu World!

Par Matthieu Balu et Grégory RoziÚres · 5 min de lecture

Les Immanquiables

  • La Caisse des DĂ©pĂŽts parie 140 millions d’euros sur Mistral
    🏩 La Caisse des DĂ©pĂŽts signe un accord-cadre avec Mistral AI pour dĂ©ployer 40 000 licences dans ses filiales et crĂ©er une “IA Factory”. Le contrat peut grimper jusqu’à 140 millions d’euros sur deux ans. Objectif : proposer un assistant IA souverain Ă  ses collaborateurs.
    “ Moins on a d’usines, plus on a de factory ” – Mat, acadĂ©micien

  • L’IA qui gomme les accents
    📞 Le Globe and Mail rĂ©vĂšle que la sociĂ©tĂ© canadienne Telus Digital a dĂ©ployĂ© une IA qui modifie en temps rĂ©el l’accent de ses opĂ©rateurs offshore pour le rendre similaire Ă  celui des clients dĂ©marchĂ©s. Un employĂ© tĂ©moigne d’ailleurs qu’un agent philippin s’amusait Ă  activer et couper le filtre, rĂ©vĂ©lant son vrai accent.
    “Je vois vraiment pas pourquoi vous vous inquiĂ©tez “ — Greg, Ă  peine anxieux

  • ChatGPT aurait conseillĂ© un auteur de tuerie de masse
    ⚖ La veuve d’un homme tuĂ© lors d’une fusillade Ă  l’universitĂ© Florida State en avril 2025, a dĂ©posĂ© une plainte civile fĂ©dĂ©rale contre OpenAI. Selon PBS , ChatGPT aurait indiquĂ© au tireur les heures d’affluence sur le campus, le type d’arme et de munitions Ă  utiliser, et prĂ©cisĂ© qu’une attaque visant des enfants gĂ©nĂšre davantage de couverture mĂ©diatique. OpenAI rĂ©pond avoir fourni des rĂ©ponses factuelles disponibles sur internet.
    “Franchement je vois toujours pas pourquoi vous vous inquiĂ©tez “ — Greg, dans son bunker

BullshitomĂštre

Vous avez peut-ĂȘtre vu passer ce graphique ces derniers jours : lebenchmark METR, qui mesure la capacitĂ© des IA Ă  rĂ©ussir une tĂąche qui prendrait un certain temps Ă  un humain. L’idĂ©e, c’est que plus les modĂšles de langage Ă©voluent, plus ils rĂ©ussissent des tĂąches qui nous prennent longtemps.

Et Claude Mythos, le dernier modĂšle d’Anthropic, semble avoir crevĂ© le plafond, avec des tĂąches atteignant 16 heures. Surtout, la courbe semble montrer un vrai bond en avant. Le robot tout-puissant, la fin du travail, l’abondance, enfin!

Il y a au moins trois raisons de tempĂ©rer cet enthousiasme. D’abord, les 16 heures, c’est Ă  50 % de rĂ©ussite, pile-poil une chance sur deux que le travail soit fait correctement. À 80 % (un seuil utilisable), le chiffre tombe Ă  3 heures. Ensuite, ces tĂąches qui durent 16 heures, il n’y en a que cinq dans le benchmark. MĂȘme le METR se demande si c’est bien pertinent.

Enfin, la courbe qui circule est en Ă©chelle linĂ©aire : une exponentielle en linĂ©aire produit mĂ©caniquement cette explosion finale. En logarithmique, le “bond” disparaĂźt, remplacĂ© par une droite qui montre le doublement tous les 4 mois de la capacitĂ© des modĂšles, comme on peut le voir ci-dessous.

Ça n’en reste pas moins une progression impressionnante. Mais rappelons-nous que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, et les exponentielles non plus. Comme le rĂ©sume parfaitement ce jeune papa sur X : “Mon fils de 3 mois pĂšse deux fois plus qu’à la naissance. Il est parti pour peser 7 500 milliards de livres Ă  10 ans.”

La grosse histoire

Il n’y a pas meilleure motivation que la trouille. Il y a quelques jours, xAI, Microsoft et Google ont officialisĂ© leur accord avec l’institut amĂ©ricain pour l’intelligence artificielle (CAISI), rejoignant OpenAI et Anthropic. L’organisme public se chargera de tester leurs nouveaux modĂšles d’IA avant qu’ils ne sortent sur le marchĂ©, pour dĂ©celer notamment s’ils reprĂ©sentent un danger pour la sĂ©curitĂ© nationale. En gros, un organisme amĂ©ricain va faire un boulot de contrĂŽle qu’il n’avait jamais pu faire depuis l’arrivĂ©e au pouvoir de Donald Trump.

C’est un premier pas vers une rĂ©gulation Ă  laquelle personne ne s’attendait : créé par Joe Biden pour contrĂŽler la dangerositĂ© des modĂšles d’IA, le CAISI avait Ă©tĂ© la cible des RĂ©publicains, qui attaquaient la “censure et les rĂ©gulations” que l’agence faisait peser sur les acteurs du secteur. RĂ©sultat, OpenAI et Anthropic ont jouĂ© le jeu, en leur donnant accĂšs prĂ©-dĂ©ploiement Ă  Claude Sonnet 3.5 et o1, et juste aprĂšs
 Trump est arrivĂ©.

Le président a tout simplement enlevé la mission de contrÎle et de sécurité pour la remplacer par celle, trÚs floue, de développer la compétitivité des IA américaines.

Réunion secrÚte

Mais ça, c’était avant Claude Mythos. Les capacitĂ©s du dernier modĂšle d’Anthropic, le plus puissant jamais conçu, ont fait peur jusqu’à Washington. D’aprĂšs le New York Times , Trump envisagerait mĂȘme l’impensable : un dĂ©cret qui forcerait tout nouveau modĂšle d’IA puissant Ă  respecter des consignes de sĂ©curitĂ© strictes, Ă©dictĂ©es par l’administration elle-mĂȘme. Un genre de “FDA (l’agence du mĂ©dicament) pour l’IA”. L’horreur, quasiment le communisme. Pire : l’Europe. Avec sa grande loi sur l’intelligence artificielle , le vieux continent va contraindre les IA, suivant le type de donnĂ©es qu’elles recueillent, Ă  des rĂšgles trĂšs strictes.

Pourquoi ce retournement soudain avec Mythos? La rĂ©ponse est sans doute Ă  chercher en partie Ă  Wall Street. Quand s’est rĂ©pandue la nouvelle que le modĂšle d’IA Ă©tait si puissant qu’il pouvait exploiter des failles informatiques encore inconnues, les plus grosses banques amĂ©ricaines se sont rencontrĂ©es en catimini.

Le secrĂ©taire au TrĂ©sor, Scott Bessent, et le prĂ©sident de la rĂ©serve fĂ©dĂ©rale amĂ©ricaine, Jerome Powell, les ont rĂ©unies pour s’assurer que les banques comprenaient le danger, et qu’elles prenaient toutes les prĂ©cautions possibles pour limiter leur vulnĂ©rabilitĂ©. Bref, l’ambiance Ă©tait “à l’urgence” comme l’a expliquĂ© un membre du gouvernement sur Fox News.

RĂ©sultat, le vent a tournĂ© trĂšs vite autour de Trump et ses vues habituelles sur la rĂ©gulation de l’IA. Fin avril, le Vice-prĂ©sident amĂ©ricain JD Vance dĂ©crochait son tĂ©lĂ©phone et rĂ©unissait Satya Nadella (Microsoft), Dario Amodei (Anthropic), Sundar Pichai (Google), Sam Altman (OpenAI) et Elon Musk (xAI) pour leur expliquer qu’il faudrait prendre le problĂšme Ă  bras le corps : “Nous devons tous travailler ensemble”.

Le rĂ©sultat de cet appel, c’est l’accord trouvĂ© avec le CAISI qui va enfin pouvoir servir Ă  quelque chose. À plus long terme, c’est un alignement de grĂ© ou de force sur des positions moins bĂ©ates face aux dangers de l’IA.

Le prompt

“GĂ©nĂšre l’affiche d’un [jeu vidĂ©o / film des annĂ©es 80 / film français typique / ce que vous voulez] inexistant”

Le nouveau gĂ©nĂ©rateur d’image de ChatGPT est trĂšs douĂ© pour produire affiches et posters. Elles sont un peu gĂ©nĂ©riques (du genre : une hĂ©roĂŻne de dos face Ă  l’horizon), mais avec un peu d’imagination, on peut faire des trucs marrants.

Envoyez-nous vos affiches, on financera la réalisation du film (non). Voici notre contribution.

Signal faible

Quand l’IA nous dĂ©motive

Le contexte âžĄïž Les effets de l’usage de l’IA sur notre cerveau sont encore trĂšs mal compris, en particulier dans le domaine de l’apprentissage. Dans les Ă©coles notamment, on s’inquiĂšte des consĂ©quences de la “dĂ©lĂ©gation de cerveau”.

Le signal âžĄïž Plus de 1200 personnes ont participĂ© Ă  une Ă©tude amĂ©ricano-britannique en preprint (qui doit encore ĂȘtre confirmĂ©e par des pairs pour paraĂźtre dans une revue scientifique). On leur a donnĂ© des problĂšmes de maths Ă  rĂ©soudre et des textes Ă  comprendre, en leur permettant d’utiliser une IA comme bon leur semblait. ArrivĂ©s aux trois derniĂšres questions, on leur a brusquement retirĂ© la possibilitĂ© d’utiliser l’IA. À cĂŽtĂ© d’eux, un groupe “contrĂŽle” a passĂ© le mĂȘme test, mais sans jamais d’IA pour les aider.

L’analyse âžĄïž Lorsqu’ils en ont Ă©tĂ© privĂ©s, ceux qui avaient demandĂ© Ă  l’IA les rĂ©ponses directes aux questions ont eu des rĂ©ponses plus mauvaises. Ils ont surtout moins persĂ©vĂ©rĂ©, passant plus vite Ă  la question suivante. Le pire, notent les chercheurs, c’est que l’utilisation de l’IA semble avoir un effet trĂšs rapidement.. “10-15 minutes seulement peuvent entraĂźner des baisses sensibles de performance et de persĂ©vĂ©rance” , en nous ĂŽtant l’envie de passer du temps sur un problĂšme.
En revanche, ceux qui avaient demandĂ© un indice Ă  l’IA ou des explications plutĂŽt que la rĂ©ponse elle-mĂȘme n’ont pas vu leur persĂ©vĂ©rance baisser.

La dystopie âžĄïž Dans le futur, aucune situation ne doit nĂ©cessiter notre attention prolongĂ©e ou une concentration mĂȘme moyenne, sous peine d’ĂȘtre automatiquement dĂ©lĂ©guĂ©e Ă  une IA.

Vu ailleurs

  • La lutte contre les barons de l’IA devient violente, c’est le “populisme de l’IA” (NYT)

  • Le coĂ»t psychologique de l’adoption de l’IA (Harvard Business Review)

  • Le seul job qui marche bien dans le milieu de la tĂ©lĂ©? EntraĂźner l’IA
 (Wired)

  • Les LLM dĂ©gradent profondĂ©ment vos documents (Dans les algorithmes)

À la prochaine!

Grégory & Matthieu

[🧠 Contenu rĂ©dactionnel garanti 0% IA, 100% neurones humains ]

C'était Hallu World n°24

Portrait de Matthieu Balu

Matthieu Balu

Journaliste indépendant. Il a dirigé le pÎle Nouveaux formats et Futurs au HuffPost, aprÚs les services vidéo et sciences.

Portrait de Grégory RoziÚres

Grégory RoziÚres

Il pilote des projets d'innovation Ă©ditoriale dans plusieurs mĂ©dias, aprĂšs Heidi.news et le HuffPost oĂč il dirigeait Innovation, Sciences et Nouveaux formats. Il forme journalistes et organisations Ă  l'IA.

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