Les Immanquiables
- Les médias en ligne français dégringolent
đïž Les sites des journaux français ont perdu au global 22,9 % de leurs visites en un an. Des chiffres catastrophiques mis en Ă©vidence par le dernier classement de lâACPM , lâorganisme officiel de mesure des audiences de la presse. Les plus gros acteurs nationaux comme Le Monde, Le Figaro ou lâĂquipe ont ainsi perdu autour entre 20 et 40% de leurs visites par rapport Ă septembre 2025. En cause pour les patrons de presse : lâarrivĂ©e de Google AI Overviews (juillet 2026) et une modification de lâalgorithme Google Discover.
âPendant ce temps, le nombre de lecteurs dâHallu World continue de grimper â â Greg, pas peu fier
- SynthID devient beaucoup plus utile
đ Le dĂ©tecteur SynthID de Google devient bien plus efficace pour repĂ©rer les mĂ©dias faits par IA (audio, image ou vidĂ©o). SynthID est une signature numĂ©rique appliquĂ©e par de nombreux acteurs de lâIA comme OpenAI, Nvidia, et bientĂŽt Apple. Mais jusquâici la plateforme nâĂ©tait pas en accĂšs libre. DĂ©sormais, tout le monde peut aller tester un mĂ©dia directement sur le site SynthID.
âOn ne dira pas que les outils existent dĂ©jĂ pour feinter SynthID â â Greg, honnĂȘte mais roublard
- Un autre auteur primĂ© accusĂ© dâavoir eu recours Ă lâIA
âïž La nouvelle The Blue Fighter , Ă©crite par lâauteur zimbabwĂ©en Simbarashe Steyn Kundizeza et tout juste aurĂ©olĂ©e du prix Caine pour lâĂ©criture africaine, basĂ© Ă Londres, vient dâĂȘtre dĂ©signĂ©e comme 100% IA par lâoutil en ligne Pangram. Le mĂȘme algorithme dâoĂč est nĂ©e la rĂ©cente polĂ©mique sur ThĂ©lyson OrĂ©lien , ainsi que celle visant un autre auteur anglophone qui avait finalement sauvĂ© son prix.
âJe nâaime ni Pangram, ni les prix littĂ©raires, ni les tricheurs â â Mat, levĂ© du bon pied
- Claude va vous bannir si vous lâinsultez trop souvent
đ€Ź Dans sa derniĂšre mise Ă jour qui sâappliquera le 12 novembre, Anthropic liste un certain nombre de mesures pour amĂ©liorer la dĂ©tection des actes violents avant quâils nâarrivent. Parmi elles, un paragraphe prĂ©cise que ânous avons ajoutĂ© une interdiction des comportements rĂ©guliĂšrement insultants ou abusifs envers Claudeâ.
âLe genre de mesures anthropo-dĂ©biles qui me donne envie de brĂ»ler du robot â â Mat, couchĂ© du bon pied
BullshitomĂštre
âDéçus par la qualitĂ© de Mistralâ : Ecosia, vous connaissez ? Ce moteur de recherche allemand a acquis sa notoriĂ©tĂ© sur un principe simple : une alternative âverteâ Ă Google, dont 80 % des profits servent Ă planter des arbres et qui utilise de lâĂ©nergie verte pour ses serveurs. Jusquâici partenaire de Mistral, la boĂźte vient dâannoncer quâelle passait sur une IA chinoise.
Il y a quatre raisons invoquĂ©es : dâabord, Mistral coĂ»terait trop cher. Le patron dâEcosia explique ainsi avoir divisĂ© ses coĂ»ts par deux en passant notamment Ă Qwen, lâIA du gĂ©ant chinois Alibaba, et cela en utilisant les services dâune plateforme allemande, Melious.
LâIA française fournirait aussi des performances insuffisantes. DâaprĂšs Ecosia, le temps de rĂ©ponse aux requĂȘtes serait trop lent, âdĂ©cevantâ selon lâallemand. Mais lâannonce est tombĂ©e pile la semaine oĂč Mistral a dĂ©voilĂ© son nouveau modĂšle, bien plus performant (on vous en parlait la semaine derniĂšre). Le cofondateur de Mistral, Guillaume Lample, a dâailleurs proposĂ© Ă Ecosia de tester son IA âLarge 4â en prioritĂ©, sans rĂ©ponse pour le moment.
Ecosia invoque aussi lâĂ©nergie utilisĂ©e pour faire fonctionner Mistral qui, avec ses serveurs en France, tourne largement au nuclĂ©aire. Pour lâallemand, câest un problĂšme, et on ne va pas rĂ©gler ici la controverse entre pro- et antinuclĂ©aires, mais du cĂŽtĂ© du boss de Mistral, on rĂ©pond simplement â dĂ©solĂ© si câest un blocageâ.
Enfin, le moteur de recherche invoque la souverainetĂ©. Il sâinquiĂšte notamment que le français ait des partenaires comme Microsoft ou Samsung, et dit prĂ©fĂ©rer les solutions chinoises âopen weightâ, donc des modĂšles oĂč lâon peut regarder sous le capot. Lâargument peine Ă convaincre, Mistral fonctionnant aussi avec des modĂšles ouverts. Bref, les explications ne tiennent pas toutes la route, mais du coup la tech europĂ©enne non plus.
Score bullshit
50/100
La grosse histoire
âMaman, il paraĂźt que tâes cuite ! Il paraĂźt quâun robot a rĂ©solu le problĂšme de maths sur lequel tu as travaillĂ© toute ta carriĂšre ! â Le soir du 6 octobre, le fils de neuf ans de Dana Moshkovitz, chercheuse en informatique thĂ©orique, nâa pas Ă©pargnĂ© sa mĂšre. OpenAI venait de publier une preuve de la âconjecture des jeux uniquesâ, sur laquelle elle travaille depuis des annĂ©es. Verdict de Dana, envoyĂ© par texto Ă son mari, le chercheur Scott Aaronson : âOn dirait un texte Ă©crit par quelquâun sous psychĂ©dĂ©liques. Absolument pas clair, souvent insensĂ©. â Mais au rĂ©sultat peut-ĂȘtre juste.
Cette publication nâĂ©tait quâune goutte dans un dĂ©luge. Ce jour-lĂ , OpenAI a publiĂ© plus de 700 manuscrits produits par un modĂšle interne, pas encore rendu public, censĂ©s rĂ©soudre ou faire avancer des centaines de problĂšmes encore non rĂ©solus. Ă lâheure oĂč ces lignes sont Ă©crites, seuls 42 % des rĂ©sultats publiĂ©s par lâIA ont Ă©tĂ© vĂ©rifiĂ©s par un logiciel spĂ©cialisĂ©, et beaucoup moins par des mathĂ©maticiens humains.
Ceux-ci sâattendaient au choc de lâIA dans leur domaine, mais pas Ă ce quâil arrive aussi vite et aussi massivement. En aoĂ»t, selon des participants interrogĂ©s par Wired, OpenAI avait rĂ©uni une quarantaine de mathĂ©maticiens pour leur glisser que son IA avait rĂ©solu des centaines de problĂšmes. Lâentreprise leur avait pourtant assurĂ© quâelle ne publierait pas tout dâun coup (une promesse dont sa porte-parole nâa âpas connaissanceâ aujourdâhui). De leur cĂŽtĂ©, les chercheurs ont rĂ©clamĂ© de vrais articles qui expliquent les travaux, pas un communiquĂ©.
Une démonstration de force
Pendant lâĂ©tĂ©, OpenAI sâest trouvĂ© une caution intellectuelle : un groupe consultatif indĂ©pendant de grands noms des maths, annoncĂ© le 21 septembre, sans droit de regard sur le rythme de ses recherches. Le 29 septembre, ce groupe ouvrait ses recommandations par une demande sans ambiguĂŻtĂ© : arrĂȘter de tester des problĂšmes mathĂ©matiques avancĂ©s sur des modĂšles propriĂ©taires, fermĂ©s aux chercheurs extĂ©rieurs. Las, une semaine plus tard, OpenAI publiait ses manuscrits, issus justement dâun modĂšle fermĂ©, et sans fournir les prompts donnĂ©s Ă lâIA (ce que le groupe rĂ©clamait aussi). Lâentreprise assure pourtant sâĂȘtre âappuyĂ©eâ sur ses conseils.
Alors forcĂ©ment, les mathĂ©maticiens sont en colĂšre. âPublier plus de 700 fichiers dâun coup nâest pas une dĂ©monstration dâĂ©rudition, mais une dĂ©monstration de force â, a dĂ©noncĂ© la rĂ©cente Association pour les mathĂ©matiques humaines, relayĂ©e par Terence Tao, star mondiale des maths.
Tao lui-mĂȘme dĂ©crit des solutions ârĂ©coltĂ©es Ă grande Ă©chelle, de maniĂšre non durableâ, qui laissent des pans entiers des maths âbien moins fertilesâ. Pour lui, câest le chemin vers la solution, plus que la solution elle-mĂȘme, qui fait avancer les maths. Or, savoir quâune solution existe âcontamineâ la recherche dâautres chemins, estime-t-il.
Les jeunes chercheurs trinquent les premiers : avec ses manuscrits, OpenAI a âcoupĂ© lâherbe sous le piedâ de nombreux doctorants et postdocs, sâalarme Lauren Williams, mathĂ©maticienne Ă Harvard.
Les maths comme vitrine
Sur le fond, la rĂ©colte est peut-ĂȘtre historique, mĂȘme si une minoritĂ© des 700 rĂ©sultats devait sâavĂ©rer juste. Pour Scott Aaronson, chacun des rĂ©sultats quâil a listĂ©s âaurait facilement pu ĂȘtre le ârĂ©sultat de lâannĂ©eââ dans un domaine. Seulement voilĂ , tout cela nâa pas pour but de faire avancer la recherche, mais de mesurer, une fois encore, la puissance dâun nouveau modĂšle dâIA.
Les mathĂ©matiques sont devenues lâexamen qui prouve que son IA progresse, au point quâOpenAI estime ne pas pouvoir ralentir. RĂ©sultat, les maths servent de vitrine⊠Soit exactement ce que le groupe consultatif demandait de ne pas faire : traiter leurs rĂ©sultats comme des âsupports marketingâ.
Les mathĂ©maticiens interrogĂ©s par Wired, eux, voient leur discipline transformĂ©e en terrain de jeu pour OpenAI et Anthropic, qui prĂ©parent toutes deux leur entrĂ©e en Bourse. Une semaine avant la publication, OpenAI Ă©tait en discussions, selon Bloomberg, pour lever au moins 30 milliards de dollars, Ă une valorisation dâenviron 1 400 milliards, contre 852 milliards en mars. Ăa vaut bien quelques pots cassĂ©s, mĂȘme si câest toute une discipline.
La citation
âLâIA est moins rĂ©gulĂ©e que le laitâ
â Brad Smith, prĂ©sident de Microsoft
Sur un podcast de la BBC, le patron amĂ©ricain sâest affolĂ© du fait quâil nây ait aucun contrĂŽle de sĂ©curitĂ© sur les IA arrivant sur le marchĂ© : â Nâimporte quel carton de lait qui arrive au supermarchĂ© a subi des rĂ©gulations et des inspections de contrĂŽle â. Avec un dĂ©tail amusant : Smith estime que Londres, plutĂŽt que lâUE, est bien placĂ© pour rĂ©guler lâIA.
Signal faible
Opération à code ouvert
Le contexte âĄïž Lâhistoire de lâinformatique est insĂ©parable de celle du reverse-engineering , la capacitĂ© dâaller fouiller dans les entrailles dâun programme pour en Ă©tudier le fonctionnement, voire le reconstituer entiĂšrement.
Le signal âĄïž Les derniers assistants de code IA (comme Codex ou Claude Code) ont fait franchir toutes les limites connues du reverse-engineering, en clonant des programmes ou des jeux vidĂ©os entiers en quelques heures de travail. RĂ©cemment, câest toute la sĂ©curitĂ© de la Playstation 5 qui a Ă©tĂ© scrutĂ©e, puis dĂ©faite, permettant de pirater tous les jeux de la plateforme.
Lâanalyse âĄïž Ne dites plus reverse engineering, mais REA (pour Reverse Engineer Anything) : en quelques mois, tout vient de changer dans le monde de lâinformatique. Non seulement les IA peuvent dĂ©faire ou reproduire les systĂšmes les plus avancĂ©s, mais des outils sont dĂ©sormais Ă la portĂ©e de nâimporte quel amateur.
La dystopie âĄïž En 2037, ça fait 10 ans que nous avons la mĂȘme version de Photoshop aprĂšs la faillite dâAdobe, comme du reste des Ă©diteurs de logiciels. Heureusement que lâIA retouche elle-mĂȘme les photos⊠ou les recrĂ©e, on ne sait pas trop.
Vu ailleurs
-
Non, il ne suffit pas de mettre de lâIA dans un robot pour quâil fonctionne (MIT Tech review)
-
Comment les gĂ©ants de lâIA se prĂ©parent Ă une rĂ©volte (Axios)
Ă la prochaine !
Grégory & Matthieu
[đ§ Contenu rĂ©dactionnel garanti 0% IA, 100% neurones humains ]

