Édition n°7 — jeudi 27 novembre 2025

☢️ L’IA, c’est d’la bombe atomique

Un projet Manhattan de l’IA sans budget, des prophéties sans date et la richesse sans la joie cette semaine dans Hallu World. Si vous aimez, partagez !

Par Matthieu Balu et Grégory Rozières · 5 min de lecture

Les Immanquiables

  • Les écrivains n’y croient plus
    🧓 L’université de Cambridge a demandé à 258 romanciers ce qu’ils pensent de l’IA, et on ne peut pas dire qu’ils soient très optimistes. Plus de la moitié estime que leur travail va être “entièrement remplacé” par des machines.
    “ Le plus déprimant, c’est que 59% rapportent que leur travail a été utilisé pour entraîner les IA, sans leur consentement. ” — Greg, plutôt déprimé

  • TikTok devient le meilleur réseau social
    ✨ Vous allez pouvoir choisir la quantité de vidéos créées par IA que vous propose l’algorithme de votre fil TikTok grâce à un curseur. Pour faire le tri, l’appli s’appuiera sur les metadata C2PA, un standard de plus en plus utilisé, y compris par Google, Meta et OpenAI, pour marquer le contenu made in AI.
    “ Chouette, je vais pouvoir à nouveau m’informer en toute sécurité sur TikTok ” — Mat, qui ment mal

  • Trump lance “le Manhattan Project de l’IA”
    🟠 Le président américain vient de créer par décret la “Genesis Mission”, qu’il compare carrément au projet Manhattan en termes “d’urgence et d’ambition” (mais sans budget pour l’instant). L’objectif : utiliser l’IA pour “accélérer les découvertes scientifiques” dans des domaines stratégiques – biotech, nucléaire, semi-conducteurs, etc. Rendez-vous dans deux mois pour découvrir les 20 priorités de la mission.
    “ Je ne vois VRAIMENT PAS pourquoi vous vous inquiétez ” — Greg, toujours en train de creuser

Bullshitomètre

L’avènement de la superintelligence est retardé de 5 ans! Selon une équipe constituée d’un ancien chercheur d’OpenAI et de prévisionnistes, l’AGI (pour Artificial General Intelligence) est repoussée de 2027 à 2032.

📉 La raison ? Les IA progressent moins vite qu’attendu.

Mais il n’y a rien qui va dans cette analyse.

↪️ L’équipe a corrigé ses prédictions… Six mois seulement après avoir développé toute sa théorie sur l’émergence de l’AGI. En fonction des nouvelles versions de ChatGPT ou Claude, ça pourra devenir 2037 ou pourquoi pas 2042 (oui, raisonnons en élections présidentielles françaises). Le “scénario” de science-fiction qui l’accompagne montre d’ailleurs bien qu’il s’agit d’un exercice de pensée, pas d’une prévision sérieuse.

↪️ Et pour bien comprendre que tout cela relève de Madame Irma : les champions de l’IA qui ont estimé une date au doigt mouillé pour l’avènement de Skynet se bousculent : 2026 pour Elon Musk, 2027 pour Dario Amodei, le PDG d’Anthropic, 2029 pour Jensen Huang de Nvidia, 2035 pour Demis Hassabis de Google Deepmind…

Vous pouvez donc continuer à vous inquiéter, pousser un soupir de soulagement, ou continuer d’ignorer superbement cette prophétie.

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La grosse histoire

Imaginez que Facebook devienne votre fournisseur d’électricité. Je sais, je sais… Mais imaginez quand même. Meta vient d’obtenir, après Google, Microsoft ou Apple, le droit de revendre de l’énergie en gros auprès des autorités américaines. Une autorisation qui arrive après une période de ‘panic buy’ (quand on achète tout ce qu’on peut de peur de manquer, demandez aux amateurs de foot) dans l’énergie qui est en train de changer l’image des Gafam.

Google, Meta ou Amazon ont tous conclu ces derniers mois des accords XXL qui indiquent une gigantesque fringale énergétique. En 2024, Microsoft investissait 1,6 milliard de dollars pour rouvrir l’équivalent américain de Tchernobyl, la centrale nucléaire Three Mile Island, avec le producteur d’énergie américain Constellation. En octobre dernier, Google annonçait la construction d’une centrale à gaz entièrement dédiée à ses besoins à partir de 2026, alors que Meta annonçait des projets dans le nucléaire et la géothermie.

Cela ne date pas d’hier que les géants de la tech sécurisent leur accès à l’énergie, mais quelque chose a changé. Avant les années 2020, c’était avec l’environnement en bandoulière : Google le revendique dès 2007, avec un credo clairement dirigé vers la fin des énergies fossiles. Amazon est depuis cinq ans le plus gros investisseur américain dans le renouvelable. Autre exemple avec Meta, qui signe dès 2013 l’achat d’un parc éolien pour alimenter son nouveau data center.

Les masques tombent

Mais le contexte n’est plus le même pour le secteur de l’énergie. Après 15 ans de stagnation, la consommation énergétique est repartie en hausse de 3% aux États-Unis, et le principal responsable c’est l’IA, avec la gourmandise de ses data centers. Devant des besoins gargantuesques, un interdit a sauté : qu’ils soient petits, grands, pour la fission ou la fusion , on va miser sur des réacteurs nucléaires, mais pas seulement. Le recours à des énergies polluantes fait désormais partie de la liste de courses.

Car tout est question de priorités : dans la ruée vers l’IA, il s’agit dans l’immédiat de sécuriser l’accès à l’énergie par tous les moyens (gaz, et même charbon) en plus du renouvelable existant. Dans les années qui viennent, les contrats signés pour la construction de centrales, en particulier dans le nucléaire, permettront aux géants d’avoir la main sur une énergie bien plus abondante, quitte à en revendre au besoin.

D’où ce statut de trader en énergie, qui inaugure un nouveau tournant dans l’histoire des Gafam. Et s’il fallait une preuve supplémentaire que ce changement s’inscrit dans la durée : ni Microsoft , ni Google , ne croient dorénavant pouvoir tenir leur objectif de neutralité carbone en 2030.

Click and collect

Google fait un petit sans-faute ces dernières semaines. Après la sortie très réussie de Gemini 3 côté chatbot, voici Nano Banana Pro, un nouveau générateur d’images vraiment bluffant.

Et pour s’en rendre compte, il suffit de comparer ce que produit ce modèle aux images créées par ChatGPT il y a un an, ici avec un exemple célèbre : “Comment se faire cuire un œuf”.

(c’est un gif, attendez 3 secondes)

Signal faible

Des LLM aux World Models

Le contexte ➡️ Depuis deux ans, les géants de la tech brûlent des milliards pour entraîner des LLM toujours plus gros. L’idée que seul le nombre de neurones mène à l’intelligence était le dogme incontesté (il fallait vraiment être un tech bro pour y croire).

Le signal ➡️ Yann LeCun, un des pères de l’IA moderne, quitte Meta pour fonder une startup dédiée aux “World Models” — des modèles qui comprennent le monde physique plutôt que de prédire le mot suivant. Il n’est pas seul : Bezos lance Project Prometheus pour l’industrie, World Labs construit des simulateurs 3D, Physical Intelligence lève 600 millions pour un “cerveau robot universel”. L’exode vers l’IA “physique” s’accélère.

L’analyse ➡️ Ce n’est pas de la recherche fondamentale. LeCun martèle que les LLM sont dans une “impasse” : il leur manque une compréhension du monde réel. La prochaine bataille ne sera pas de savoir qui a la plus grosse, mais qui dispose d’une IA qui ressent et comprend son environnement.

La dystopie ➡️ Dans cinq ans, pendant que ChatGPT continue d’halluciner, la vraie IA qui va vous remplacer émerge dans une petite startup inconnue de tous — sauf des lecteurs de Hallu World.

Le PDG de Microsoft AI, Mustafa Suleyman, est “ sidéré ” par le fait que les gens “restent de marbre” face aux avancées de l’IA. Et justement, le Wall Street Journal se dit que l’IA est peut-être la plus grande révolution du numérique, mais aussi la plus triste.

Le graphique ci-dessous compare l’évolution du Nasdaq (le cours d’action de la Tech) et le moral des consommateurs américains… Allez, on se motive.

Vu ailleurs

  • La dernière tendance chez les développeurs indépendants? Proclamer haut et fort que son jeu est garanti 0% IA. Une plongée dans la résistance signée The Verge (paywall)

  • Vous connaissiez le Large Language Model, découvrez le Large Protein Model: comment des chercheurs d’Harvard ont développé une IA qui peut prédire le risque de maladies rares à partir d’un génome (harvard.edu)

  • Ne dites pas que les accords passés entre Google, Microsoft, Nvidia, Anthropic et les autres ont tout l’air d’un cartel. Appelez plutôt ça “The Blob”, et ça aura l’air presque sympa — mais toujours aussi visqueux (Wired, paywall)

À la prochaine!

Grégory & Matthieu

[🧠 Contenu rédactionnel garanti 0% IA, 100% neurones humains ]

C'était Hallu World n°7

Portrait de Matthieu Balu

Matthieu Balu

Journaliste indépendant. Il a dirigé le pôle Nouveaux formats et Futurs au HuffPost, après les services vidéo et sciences.

Portrait de Grégory Rozières

Grégory Rozières

Il pilote des projets d'innovation éditoriale dans plusieurs médias, après Heidi.news et le HuffPost où il dirigeait Innovation, Sciences et Nouveaux formats. Il forme journalistes et organisations à l'IA.

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