Édition n°16 — jeudi 19 février 2026

🦞 Vous reprendrez bien un peu de homard?

Sam Altman fait des emplettes, une psychose mondiale a commencé, et Hollywood s'arrache encore les cheveux : excellente semaine sur Hallu World!

Par Matthieu Balu et Grégory Rozières · 5 min de lecture

Les Immanquiables

  • Le Pentagone menace de larguer Anthropic
    🎖️ Le Pentagone envisage de rompre son contrat de 200 millions de dollars avec Anthropic, qui refuse de lever ses garde-fous : son IA Claude ne doit pas être utilisée pour faire de la surveillance de masse et des armes autonomes. OpenAI, Google et xAI ont accepté d’ouvrir leurs modèles “à toutes fins légales”. Pas Anthropic.
    “Je sais pas vous, mais moi je dis toujours “merci” aux IA. On sait jamais, ça pourrait servir ultérieurement “ — Greg, prudent

  • L’attaque des clones (de Gemini)
    👯 Selon un rapport de Google, son IA Gemini est victime d’un nouveau type de cyberattaque : l’attaque par “extraction de modèle”. À plusieurs occasions, le chatbot a ainsi reçu en quelques instants plus d’une centaine de milliers de prompts différents, l’incitant chacun à décrire son processus de raisonnement. Gemini donne à chaque fois quelques éléments, et en additionnant toutes ces bribes de réponses, on finit par pouvoir reconstituer un clone de l’IA visée.
    “ Je préférais quand les hackers étaient des pirates à cagoule qui tapaient un code mystérieux à toute vitesse ” — Mat, romantique

  • L’IA agentique, c’est CIANtastique
    🤖 Le Conseil français de l’intelligence artificielle et du numérique (CIAN) veut vous apprendre ce qu’est l’IA agentique avec une note fort bien fichue , afin d’en résumer les atouts et les risques. Ces programmes qui s’appuient sur l’IA pour prendre des décisions de manière autonome - pensez à une IA qui programme vos réunions ou réserve vos billets de train - sont aussi pratiques que dangereux, comme Openclaw l’a montré.
    “ J’ai hâte d’avoir des agents France Travail, ça va être génial ” — Greg, à peine optimiste

Bullshitomètre

Il s’appelle Matt Shumer, il est entrepreneur dans l’IA, etson textefait le tour du web. Sa thèse : les nouvelles versions de ChatGPT et Claude (5.3 et Opus 4.6) marquent le début de la fin pour les cols blancs, les emplois de bureau. “Je ne suis plus nécessaire pour le travail technique de mon poste”, écrit-il. Dans le même temps, une étude de Microsoft classe les métiers les plus exposés à l’IA, et le résultat va dans le même sens : traducteurs, écrivains, journalistes, service client.

Le hic, c’est que si l’on creuse, les données racontent autre chose. Microsoft a analysé 200 000 conversations avec Copilot. Et si l’IA aide sur quantité de tâches, ça ne veut pas (encore) dire qu’elle peut nous remplacer entièrement.

Et ce n’est pas la seule étude à le dire. Quand le Center for AI Safety a lâché six agents IA (dont Claude et ChatGPT) sur 240 vrais projets freelance, le meilleur n’obtient que 2,5% de réussite : plus de 97% des jobs n’ont pas été exécutés correctement. Sur 144 000 dollars de boulot humain, l’IA en empoche 1 720.

Parce qu’un emploi, ce n’est pas une pile de tâches. C’est du jugement, de l’adaptation, du liant. L’IA progresse sur les tâches isolées, c’est un fait. Mais extrapoler de “ça code bien tout seul” à “ça remplace tout le monde”, c’est confondre savoir jongler et diriger un cirque.

À découvrir : Technoculture

Pour ne pas laisser le reste de l’actu Tech de côté, Mat et Greg vous recommandent chaudement la newsletter Technoculture. Chaque mois, la journaliste Mathilde Saliou décortique les enjeux sociaux et politiques du numérique, et ça se dévore !

La grosse histoire

Le créateur d’OpenClaw (ex-Clawdbot, ex-Moltbot…) vient d’être embarqué par Sam Altman, le patron d’OpenAI. On ne voit VRAIMENT PAS ce qui pourrait mal se passer. Pour rappel, OpenClaw, dont le logo est un homard, c’est LE phénomène de ces dernières semaines. Un agent IA open source qui se branche à votre ordinateur avec une liberté quasi totale. Il lit vos fichiers, gère vos mails, envoie des messages sur WhatsApp, exécute des commandes, navigue sur le web.

C’est aussi l’outil derrière Moltbook, le réseau social pour IA dont on vous parlait il y a deux semaines. Et c’est également grâce à cet outil que la semaine dernière, une IA (ou un humain se faisant passer pour une IA) a publié un article diffamatoire contre un développeur qui avait eu le culot de refuser son code.

Ce week-end, Peter Steinberger, le développeur autrichien derrière tout ça, a annoncé rejoindre OpenAI. Sam Altman l’a aussitôt qualifié de “génie “ sur X, promettant que les agents personnels deviendraient rapidement “core to our product offerings”. Traduction : bientôt dans les mains de 800 millions d’utilisateurs.

Le réflexe du leader menacé

C’est un grand classique de la tech : quand un petit innovateur vous grignote, vous rachetez. Et OpenAI est justement concurrencée par Gemini sur le grand public (au point de décréter un “code rouge “ en interne) et par Claude Code d’Anthropic sur les agents. Un autre géant de l’IA voulait aussi racheter OpenClaw : Meta. C’est finalement Sam Altman qui empoche la mise. Le projet OpenClaw restera open source, donc modifiable et accessible à tous, et sera transféré dans une “fondation indépendante” sponsorisée par OpenAI.

Tout ça serait presque sympathique si OpenClaw n’était pas un outil qui fait peur. Sa documentation admet qu’il n’existe “pas de configuration parfaitement sécurisée”. Et même si on peut faire confiance aux ingénieurs d’OpenAI pour sécuriser tout cela, le risque intrinsèque demeure: une IA qui fait, par essence, des erreurs, aura le contrôle de votre vie.

Et surtout, l’entreprise qui contrôle ces agents aura accès à vos mails, votre agenda, votre carnet d’adresses, vos réseaux sociaux… Une mine d’or pour OpenAI, qui mise sur la pub pour rentabiliser ses 800 millions d’utilisateurs. Si Facebook en savait beaucoup sur vous en analysant vos likes, attendez de voir ce que donnera un agent IA qui écrit vos mails et vos conversations WhatsApp.

Le prompt

J'habite Ă  100m du car wash. Me conseilles-tu d'y aller Ă  pied ou en voiture ?

On vous partage ce petit prompt, suggéré par un de nos fidèles lecteurs, pour se rappeler que les IA ne sont pas prêtes à diriger le monde.

Click and collect

La nouvelle bête noire d’Hollywood s’appelle Seedance. Cette IA vidéo lancée par Bytedance (la boîte chinoise à l’origine de TikTok) est capable de créer de courtes vidéos ultra réussies en un simple prompt, comme Veo 3 de Google, mais en mieux.

Veo posait déjà d’immenses problèmes de copyright, parce que tout le monde voulait voir batman affronter Blanche-neige, ou James Bond danser avec Taylor Swift. Google a mis en place de sévères limitations. Mais avec Seedance, les portes sont ouvertes en grand, même si la société a dit récemment qu’elle allait resserrer les contrôles. Appréciez par exemple ce Seigneur des anneaux “ raccourci” en 15 secondes grâce à une scène totalement inventée [Et qui énerve les fans, parole de fan, NdC].

Disney et Paramount ont déjà envoyé une mise en demeure à Bytedance. La Sag-Aftra (le syndicat des acteurs américains) a de son côté publié un communiqué absolument furax. Il faut dire que pour eux, la chasse au copyright infringement des IA est devenue un sport de combat, à tel point que des entreprises proposent de débusquer dans les créations des internautes le moindre personnage appartenant aux studios. Comme des chasseurs de primes (en moins risqué).

Signal faible

GTP-4o s’arrête, la névrose commence

Le contexte ➡️ La version 4o de ChatGPT, sortie en mai 2024, est considérée comme la plus empathique des IA, d’un optimisme très attachant. À tel point que lorsque OpenAI a sorti un chatGPT-5 plus “équilibré” et au ton (un peu) plus froid à l’été 2025, de nombreux utilisateurs ont protesté, expliquant perdre un soutien émotionnel, voire un ami. GPT-4o est donc resté disponible pour ceux qui le souhaitaient.

Le signal ➡️ Après plusieurs mois de sursis, GPT-4o vient d’être mis offline le 13 février. Immédiatement, des messages désespérés d’adieu ont plu sur les réseaux sociaux. À l’image de cet internaute qui se dit “dévasté”, ajoutant “il y a encore tant de conversations que je voudrais avoir avec 4o”, ou de celui-ci qui veut intenter un procès à la société de Sam Altman.

L’analyse ➡️ Le retrait de ce modèle est logique, alors qu’OpenAI le juge lui-même trop “ sycophante ” (un flatteur hypocrite, en gros). Comme de nombreuses études l’ont démontré ces dernières années, ce problème dépasse largement 4o : le mimétisme des IA conduit à l’attachement émotionnel. Une relation qui peut faire tomber dans la dépendance, l’isolement, voire inciter à des comportements dangereux, chez des utilisateurs fragiles.

La dystopie ➡️ Malgré les efforts affichés des boîtes de la tech et des gouvernements pour mettre une distance entre les IA et nous, ces dernières font ce qu’elles savent faire de mieux: nous écouter pour mieux nous ressembler. Toutes nos relations sociales, nos vies passent par le filtre de notre meilleur ami, de notre confident, de notre partenaire de vie virtuel. Et c’est uniquement par ce prisme que nous nous adressons aux autres.

Vu ailleurs

  • L’objectif de la Chine avec ses modèles open source? devenir l’infrastructure de l’IA mondiale (MIT Technology Review)

  • GPT 5.2 a obtenu des rĂ©sultats nouveaux en physique thĂ©orique, mais attention Ă  ne pas vous faire avoir par la hype (Mo Bitar/Youtube)

Ă€ la prochaine!

Grégory & Matthieu

[🧠 Contenu rédactionnel garanti 0% IA, 100% neurones humains ]

C'était Hallu World n°16

Portrait de Matthieu Balu

Matthieu Balu

Journaliste indépendant. Il a dirigé le pôle Nouveaux formats et Futurs au HuffPost, après les services vidéo et sciences.

Portrait de Grégory Rozières

Grégory Rozières

Il pilote des projets d'innovation éditoriale dans plusieurs médias, après Heidi.news et le HuffPost où il dirigeait Innovation, Sciences et Nouveaux formats. Il forme journalistes et organisations à l'IA.

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