Les Immanquiables
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La NorvĂšge renvoie lâIA hors de la cour de rĂ©crĂ©
đłđŽ La NorvĂšge a quasi interdit lâIA gĂ©nĂ©rative Ă lâĂ©cole primaire. DĂšs la rentrĂ©e prochaine, les Ă©lĂšves de 6 Ă 13 ans nây toucheront plus. Entre 14 et 16 ans, seulement sous lâĆil dâun prof. Le Premier ministre estime que ces outils permettent aux enfants de sauter les Ă©tapes essentielles de lâapprentissage : lire, Ă©crire et compter. Le pays, qui avait dĂ©jĂ banni les smartphones des classes en 2024, va mĂȘme financer le retour des livres papier, Ă rebours de la mode des tablettes.
âEn France lâEducation nationale est tellement en retard quâavec un peu de chance, on va finir en avance â â Greg, pragmatique -
Amazon abandonne un film sur OpenAI
đŹ Amazon MGM Studios a abandonnĂ© âArtificialâ, un film quasi terminĂ© de Luca Guadagnino qui rejoue la crise dâOpenAI fin 2023, avec Andrew Garfield en Sam Altman. Mais pourquoi donc ? Officiellement, Amazon MGM Studios a âle plus grand respectâ pour le rĂ©alisateur mais juge que le film irait mieux ailleurs. Officieusement, selon un proche du dossier citĂ© par Variety , Altman et Elon Musk nây ont pas le beau rĂŽle. Et Jeff Bezos nâa peut-ĂȘtre pas envie de taper sur un nouvel alliĂ© : Amazon a signĂ© ces derniers mois un partenariat Ă 50 milliards de dollars avec OpenAI.
_â_Câest fou comme un tout petit chĂšque peut soudain te faire douter de la qualitĂ© dâun film â â Mat, critique de cinĂ©ma -
TikTok, royaume incontestĂ© de lâIA slop
đïž TikTok charrie prĂšs de trois fois plus de contenus gĂ©nĂ©rĂ©s par IA que YouTube, dâaprĂšs une Ă©tude de la solution dâĂ©dition vidĂ©o Kapwing : 59 % des vidĂ©os proposĂ©es Ă un compte tout neuf chez TikTok, contre 21 % chez son concurrent. Le pire ? La catĂ©gorie âenfantsâ est la plus touchĂ©e (57 %), avec des hashtags qui frĂŽlent les 97 % de slop. Pendant ce temps, la plateforme se vante dâavoir Ă©tiquetĂ© 1,3 milliard de vidĂ©os comme gĂ©nĂ©rĂ©es par IA.
âIl suffit de chercher âwoman walks ocean hilton headâ sur TikTok pour saisir lâĂ©tendue du problĂšme â â Greg, qui aurait prĂ©fĂ©rĂ© ne pas savoir
BullshitomĂštre
Vous en avez peut-ĂȘtre entendu parler : parue dans Le Monde, une tribune contre lâIA signĂ©e par des chercheurs comme le biologiste Marc-AndrĂ© Selosse, des artistes comme Annie Ernaux et mĂȘme quelques politiques (le dĂ©putĂ© PS Arthur Delaporte par exemple) fait beaucoup parler. Ce texte dit tout ce qui ne va pas dans la rĂ©volution en cours, du poids Ă©cologique des data centers jusquâĂ lâimpact sur les cerveaux, en passant par les travailleurs de la donnĂ©e. Et appelle Ă un boycott de lâIA gĂ©nĂ©rative pour âtous ceux qui ne sont pas contraints Ă lâutiliserâ.
Disons-le dâemblĂ©e : non seulement la critique de lâIA est une obligation, les lecteurs de Hallu World en savent quelque chose, mais les points soulevĂ©s sont pertinents. Face Ă la vague bĂ©ate qui emporte le monde du travail , Ă©clabousse celui des loisirs et de lâinformation , les appels Ă sâĂ©veiller sont les bienvenus. Le fait que 42 % des Français veuillent ralentir, ou mettre en pause le dĂ©veloppement de lâintelligence artificielle montre bien que de graves questions mĂ©ritent rĂ©ponse.
Mais un pamphlet qui dĂ©peint lâIA sans aucune nuance ne va servir quâĂ antagoniser un peu plus, sans faire rĂ©flĂ©chir, alors que câest prĂ©cisĂ©ment cela quâil faut faire. Le texte veut tellement sâengager quâil promeut une vision trĂšs fixiste du monde. Sur lâĂ©cologie, sur lâusage, sur lâĂ©conomie, il se contente de dĂ©crire les risques, sans Ă©voquer les nombreuses solutions que lâon connaĂźt dĂ©jĂ : rĂ©gulation, open source, frugalité⊠De plus, ce sont des donnĂ©es qui Ă©voluent trĂšs vite.
Pour pouvoir contester les projets funestes de la tech, dĂ©chiffrer le panic business, encadrer lâusage et le dĂ©ploiement des IA, le boycott nâest pas une solution. Pire, en laissant uniquement âceux qui sont contraints Ă lâutiliserâ mettre les mains dans le cambouis, on sâassure lâavĂšnement dâune sociĂ©tĂ© Ă deux vitesses. Devant lâadoption Ă marche forcĂ©e de lâIA, il faut une critique radicale, ce qui nâest pas possible si lâon refuse entiĂšrement lâobstacle.
Score bullshit
55/100
La grosse histoire
Vous connaissez Vera? Câest un service gratuit, joignable par Whatsapp, pour vĂ©rifier si une actu est une fake news ou si elle est authentique. Un projet qui a piquĂ© notre curiosité⊠On en discute en trois questions avec Florian Gauthier, le fondateur de Vera , une ONG autofinancĂ©e 100% constituĂ©e de bĂ©nĂ©voles.
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_Vera, ça marche comment?
Vera ne vĂ©rifie pas elle-mĂȘme, elle regarde si lâinfo est vĂ©rifiable. Tu poses une question, Vera sâappuie sur un mot-clĂ© de la question, et choisit parmi ses sources un rĂ©sultat qui correspond Ă la recherche. Un algorithme priorise les sources en fonction des fact-checkeurs, de la rĂ©cence de la source⊠et si la substance des articles choisis permet de rĂ©pondre Ă la question. Ă partir de lĂ on dit Ă un LLM de rĂ©pondre avec ces sources uniquement, avec un Ă©norme prompt pour cadrer le ton. Et Vera cite ses sources, qui sont consultables en ligne.
Si le LLM voit quâil nây a pas de source qui permet de rĂ©pondre Ă la question, il a lâordre de dire âje ne sais pasâ. Ăa lui arrive dans 5-6 % des cas. Un LLM traditionnel rĂ©pond dans 99,7 %. Pourquoi ? Parce que les benchmarks sont basĂ©s sur leur capacitĂ© Ă rĂ©pondre.
Justement, ces âsourcesâ, câest quoi? Comment Ă©viter quâune mauvaise source ne contamine les rĂ©ponses?
On ne peut pas ĂȘtre un centre de labellisation de sources nous-mĂȘmes, alors on se repose sur des standards europĂ©ens et internationaux. EFCSN au niveau europĂ©en et IFCN au niveau mondial, le Journalism Trust Initiative de Reporters Sans FrontiĂšres et la liste des mĂ©dias quâutilise Courrier International.
Pour le moment, il nây a pas dans nos sources de mĂ©dias indĂ©pendants, alors que toute lâĂ©quipe pense quâils sont essentiels. Mais pour ajouter une source Ă Vera, il faut quâelle soit fiable et certifiĂ©e. Et le deuxiĂšme impĂ©ratif, câest que quand on cite un mĂ©dia, il faut que la personne qui nous lit le connaisse.
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_Câest quoi le bilan, et câest quoi lâavenir de Vera?
Vera est nĂ©e au lendemain des lĂ©gislatives 2024. Jâavais Ă©tĂ© hyper surpris de la facilitĂ© avec laquelle les mĂ©dias pouvaient relayer les fausses informations, y compris au moment du vote. Depuis, on a reçu 680 000 questions, et on est prĂ©sents dans 30 pays. Par exemple au BĂ©nin, ou encore en CĂŽte dâIvoire Ă lâoccasion de la prĂ©sidentielle de 2025, pour y crĂ©er un observatoire de la dĂ©sinformation. LĂ -bas, Vera a Ă©tĂ© diffusĂ©e par des influenceurs, et on a reçu 40 000 questions en trois semaines! RĂ©cemment, on sâest implantĂ©s en ArmĂ©nie [pour les lĂ©gislatives qui ont eu lieu dĂ©but juin, ndc], oĂč il y a beaucoup dâingĂ©rence russe dans lâinformation.
La présidentielle française, pour nous, ce sera un moment spécial : on avait déjà monté un observatoire au moment des municipales, mais là on va faire un dispositif XXL, notamment avec des partenariats média.
Le prompt
Le vrai prompt fait prĂšs de 30.000 caractĂšres et est destinĂ© aux professeurs et autres enseignants. ImaginĂ© par François Jourde , spĂ©cialiste de lâĂ©ducation numĂ©rique, ce long message permet de vĂ©rifier si une consigne donnĂ©e aux Ă©lĂšves est toujours pertinente aujourdâhui, ou si un coup de ChatGPT peut tout fausser, en permettant aux Ă©lĂšves de tricher.
La citation
â La figure Ă laquelle je me suis le plus identifiĂ©, câest Leo Szilard. [âŠ] Au fond, je vois Oppenheimer comme un cas dâĂ©chec, comme ce qui ne devrait pas arriver. â
- Dario Amodei
Dans une interview-fleuve de plus dâune heure accordĂ©e Ă Bloomberg, le fondateur dâAnthropic confie que son livre de chevet raconte la fabrication de la bombe atomique. Et Amodei ne sâidentifie pas Ă Oppenheimer, mais Ă Leo Szilard : le physicien qui a pressenti la rĂ©action en chaĂźne avant les autres, puis sâest battu contre lâusage de la bombe. Le reste de lâentretien est plus terre Ă terre, mais trĂšs intĂ©ressant.
Signal faible
Le contexte âĄïžLa guerre des IA a tournĂ© depuis des mois Ă lâaffrontement presque exclusif entre les Ătats-Unis et la Chine, dans une lutte sans merci pour le leadership. Restrictions dâachat de puces dâun cĂŽtĂ©, de mĂ©taux rares de lâautre, protectionnisme et interdiction de rachat dâentreprisesâŠ
Le signal âĄïž Selon le mĂ©dia amĂ©ricain Axios , Microsoft songerait Ă utiliser les services de lâIA chinoise Deepseek pour faire tourner Copilot Cowork, son agent IA implantĂ© dans tous ses produits comme Word, Excel ou PowerPoint. Une solution bien moins coĂ»teuse que les IA amĂ©ricaines utilisĂ©es jusquâici, Claude et ChatGPT.
Lâanalyse âĄïžSi cela se concrĂ©tise, câest une rupture considĂ©rable, sachant en plus que Microsoft a investi des milliards dans OpenAI et dans Anthropic. La firme assure que lâusage de ce nouveau modĂšle sera optionnel, que les donnĂ©es seront stockĂ©es sur des serveurs locaux, et que ce ne serait pas directement Deepseek, mais une version adaptĂ©e. Lâinfo fait tout de mĂȘme tache, alors que le dĂ©partement du commerce Ă©tait rĂ©cemment Ă deux doigts de bannir le LLM chinois du territoire amĂ©ricain, accusĂ© de plagier Claude, lâIA dâAnthropic.
Lâutopie âĄïžNĂ©cessitĂ© faisant loi, les LLM chinois sâimposent comme les voitures ou lâĂ©lectronique: en coĂ»tant beaucoup moins cher que la concurrence. Hormis les modĂšles les plus performants, rĂ©servĂ©s Ă la recherche de pointe, lâadministration et la dĂ©fense, tous les services mondiaux utilisent des LLM open source et peu coĂ»teux.
Vu ailleurs
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Si vous pensez encore que Mistral est le ChatGPT français, vous nâavez peut-ĂȘtre rien compris (Jean-Philippe Timsit)
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Comment la Coupe du monde de foot alimente en data des milliers de travailleurs de lâIA aux Philippines (Rest of World)
Ă la prochaine!
Grégory & Matthieu
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