Les Immanquiables
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Mistral veut sortir le chéquier
🎨 Arthur Mensch, patron de l’IA française Mistral, réclame dans le Financial Times une “contribution obligatoire” de 1 à 5 % du chiffre d’affaires des entreprises d’IA en Europe, versée dans un fonds pour la création culturelle. En échange : le droit d’entraîner ses modèles sur le web européen sans risque juridique. Le deal s’appliquerait aussi aux concurrents étrangers. En février, Mediapart révélait que Mistral avait entraîné ses modèles sans autorisation sur de nombreuses œuvres protégées par le droit d’auteur.
“Moi aussi quand je me fais choper à piquer dans la caisse, je propose un plan épargne salariale “ – Greg, magnanime -
Claude se regarde dans le miroir
🪞 Anthropic a mené une grande étude sur l’IA : 80 508 utilisateurs de Claude interrogés dans 159 pays, par Claude lui-même. Résultat : les gens aiment et redoutent les mêmes choses. Ceux qui l’utilisent comme soutien émotionnel ont 3 fois plus de crainte d’en devenir dépendants. Les profs sont 3 fois plus nombreux que la moyenne à avoir observé une atrophie cognitive, à priori chez leurs élèves.
“Le jour où j’utiliserai mon grille-pain pour évaluer si je suis trop dépendant de mon grille-pain, prévenez quelqu’un “ – Greg, lucide -
L’application de l’AI Act retardée
🇪🇺 Les dispositions les plus dures de l’AI Act européen vont être repoussées, pour laisser plus de temps d’adaptation aux acteurs de l’intelligence artificielle. Les IA à “hauts risques” qui gèrent par exemple des données biométriques ou de santé auront finalement jusqu’au 2 août 2027 (et non 2026) pour se mettre en conformité avec les nouvelles règles plus strictes. L’obligation de labelliser les textes, images et vidéos faites par IA est repoussée au 2 novembre 2026.
“ De toutes façons, j’avais pas prévu de tomber malade avant l’été 2027 ” – Mat, hypercondriaque
Bullshitomètre
Jakub Pachocki, directeur scientifique d’OpenAI,annoncela nouvelle “North Star” [NdC : le projet majeur en langage corporate] de l’entreprise : un chercheur IA autonome. Au niveau d’un stagiaire en septembre prochain, devenu chercheur complet en 2028, il sera capable de réfléchir pendant des heures pour “s’attaquer seul à des problèmes trop complexes pour les humains”.
De quoi faire saliver… Sauf qu’on a déjà entendu cette chanson. En 2023, GPT-4 raisonnait “au niveau d’un doctorant”. En 2024, o1 était “PhD-level”. Chaque année, c’est le même refrain, un demi-ton plus haut. Soyons tout de même honnêtes : chaque année, les IA progressent pour de vrai. GPT-5 a résolu des problèmes de maths inédits, et l’autonomie fait des progrès.
Mais le timing est savoureux. La même semaine, le Wall Street Journal révèle une panique interne chez OpenAI, quelques mois après que l’entreprise ait lancé un “code rouge” suite aux progrès de Google et d’Anthropic. Fidji Simo, patronne des apps, ordonne de couper les projets secondaires. Le navigateur Atlas, le remplaçant de l’iPhone imaginé par Jony Ive : deux chantiers lancés qui doivent réduire la voilure, pendant que la concurrence les dépasse en faisant moins. Quant à Sora, l’appli de génération vidéo sortie il y a un an, elle part à la casse. Mais on vous le promet, le super chercheur OpenAI va faire oublier tout ça.
Score bullshit
60/100
La grosse histoire
Les grands patrons de la tech ont un péché mignon : quand on ne regarde pas, ils créent une nouvelle start-up. C’est ce qu’a fait discrètement Jeff Bezos en novembre dernier. Dans une remarquable absence de communication, il a monté le “Projet Prométhée” et l’a doté d’un petit pécule de 6,2 milliards de dollars. L’objectif : améliorer l’industrie dans les secteurs, entre autres, de l’électronique, l’aérospatial et de l’automobile, grâce au pouvoir de l’IA. Sous le rire narquois d’Elon Musk , qui l’avait traité de “copieur”.
Et après tout, rien d’absurde quand on se rappelle qu’Amazon est l’une des sociétés de la tech les plus automatisées du monde, et que Blue Origin, sa boîte spatiale, se vante déjà d’utiliser des agents IA. “ Le “Projet Prométhée” conçoit des systèmes d’IA capables de simuler la façon dont le monde physique se comporte ” nous dit-on au Wall Street Journal.
N’est-ce pas le cas de n’importe quelle IA appliquée à des machines? Certes, mais ici, l’idée est que les robots opérant dans les usines comprennent la physique (le chaud, le froid, le vent…) de manière intuitive, et y réagissent logiquement. C’est ambitieux, mais en ligne avec beaucoup de réflexions actuelles sur les limitations de l’IA qui ne peut pas “toucher” le réel.
L’industrie n’avance plus
Aujourd’hui, la modeste PME refait surface : son patron, Jeff Bezos donc, est en train de lever 100 milliards de dollars (oui, ça fait onze zéros) auprès des banques et des fonds d’investissement. Et à quoi servira cette somme équivalente en gros au PIB annuel de la Croatie? Nul ne sait pour le moment. Mais c’est justement là qu’il faut prendre en compte le contexte outre-atlantique.
Derrière ces gros sous pour arriver à marier l’industrie avec la révolution de l’IA, il y a une angoisse américaine : celle d’être définitivement largué par l’industrie chinoise, qui justement réussit ce mariage. Il suffit pour s’en rendre compte de scroller sur les réseaux sociaux.
Robots danseurs, joueurs de tennis, ouvriers agricoles : ces derniers mois, toutes les vidéos impressionnantes de robots sont chinoises, alors qu’elles étaient américaines ces dernières années. L’avertissement prononcé par la Commission américaine sur la sécurité et l’économie sino-américaine le 23 mars ne dit pas autre chose : “ l’écosystème ouvert permet à la Chine d’innover […] certaines avancées-clefs sont devenues des standards de l’industrie ”.
Du côté de l’industrie yankee, il y a d’autant plus urgence à sauter dans le train de l’IA robotique que le secteur stagne depuis longtemps déjà . Ces quinze dernières années, malgré l’automatisation et l’informatisation, la productivité des usines américaines a même baissé de 5%… Et la politique de Donald Trump, malgré sa communication très tournée vers le secteur manufacturier, ne change rien à ces mauvais chiffres.
Et soudain, le gigantisme des 100 milliards se comprend mieux. D’un côté, les patrons de la tech endossent depuis des années le rôle de “disrupteurs” dans une économie vieillissante qui cherche désespérément des gains de productivité. De l’autre, des investisseurs qui, comme l’expliquait la Barclays il y a quelques semaines, commencent à chercher d’autres débouchés que la tech et l’espace sur lesquels ils ont tant misé : l’industrie à la sauce IA pourrait bien faire l’affaire. Avec au milieu, Jeff Bezos qui empoche le gros lot.
Le prompt
Envoyez à votre IA une photo de votre chat dans votre salon (ou ailleurs) avec l’instruction suivante :
Et remerciez-moi plus tard.
Un grand merci à Reddit pour cette découverte qui vient de changer ma vie.
Signal faible
Les lecteurs en ont gros
Le contexte ➡️ L’IA inonde les librairies : livres créés à la chaîne, mais aussi plagiats à la pelle. Au point de plonger les auteurs dans un pessimisme généralisé.
Le signal ➡️ Publiée en février aux États-Unis, la fiction d’horreur “Shy Girl”, écrite par la prolifique autrice Mia Ballard, a été retirée de la vente. En cause, des centaines de réactions de lecteurs qui ont vu dans ces pages la plume d’une IA. Ballard, de son côté, accuse son correcteur d’y avoir eu recours et nie toute utilisation personnelle d’un LLM.
L’analyse ➡️ Comme pour tout hobby, la littérature est défendue par ces amateurs les plus zélés. Le fait que l’œuvre mise en cause n’ait rien d’un prix Goncourt déjoue d’ailleurs pas mal d’idées reçues : les fans de Marc Lévy connaissent aussi bien son style que ceux de Modiano.
L’utopie ➡️ Du livre au cinéma en passant par le jeu vidéo ou la musique, les consommateurs les plus aiguisés sont la pointe de la lutte contre l’ AI slop. Scandale après scandale, l’industrie culturelle finit par imposer des standards stricts pour éviter l’humiliation publique.
Vu ailleurs
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Est-ce qu’on parle trop d’IA? L’ironie de la question ici n’échappera à personne. Ce blogueur vous propose qu’on arrête de parler des outils, pour se concentrer sur ce qu’on fait avec (Jake Saunders)
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Qui se bat contre les dégâts de l’IA? Une superbe série de portraits d’humains autour du monde qui refusent le sort qui est fait (Rest of World)
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Ed Zitron est certainement le critique le plus célèbre et virulent de l’IA. Son dernier post sur la bulle des datacenters mérite le détour (wheresyoured)
Ă€ la prochaine!
Grégory & Matthieu
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